La professionnalisation des formateurs en débat à la première Université d’été de l’Afref

Article du Quotidien de la Formation du 15 juillet 2013 – Reproduit avec l’aimable autorisation du Quotidien de la Formation

Mardi 9 juillet, l’hémicycle du Conseil régional d’Ile-de-France accueillait la première Université d’été de l’Afref (Association pour la réflexion et l’échange sur la formation).C’est d’ailleurs Emmanuel Maurel, vice-président de l’exécutif chargé de la formation professionnelle, qui a ouvert les débats de l’après-midi alors qu’une nouvelle réforme pointe à l’horizon. Mais davantage que sur la formation, l’association a axé son premier campus estival sur les formateurs eux-mêmes, leur métier, leur professionnalisation.

En janvier 2013, à l’occasion de la présentation de ses vœux, Thierry Repentin – alors ministre délégué en charge de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage – avait émis le vœu de « rationaliser l’offre de formation », proposant alors l’édition de « cahiers des charges » pour les organismes formateurs. Las, la valse ministérielle consécutive à la démission de Jérôme Cahuzac et le départ de l’élu savoyard pour les Affaires européennes a laissé ce dossier en suspens. Pourtant, des labels concernant les formateurs existent : la FFP, bien sûr, mais aussi la Chambre syndicale des formateurs consultants (CSFC) en ont instauré. N’empêche. L’universitaire Fabienne Maillard – professeur de sciences de l’éducation à l’Université Picardie Jules Verne et auteur de deux ouvrages sur la certification professionnelle [1] – a rappelé le « peu d’exemplarité » d’une profession qui emploie 21% de CDD, 45% de temps partiels, où le salaire moyen est inférieur à celui des autres branches de moins de 50 000 salariés et dont l’activité se concentre à près de 80% dans la seule Région-Capitale.

Le poids de l’Histoire

Une situation due à l’absence de reconnaissance de toute une profession, dont la source remonte aux années 1960 et 70, époque d’une l’éducation populaire militante qui refusait cette professionnalisation au nom d’une instruction des adultes alors perçue comme « la mobilisation de tous et non d’un corps professionnel ». « Dans un édito de 1974, la Revue de l’éducation permanente proclamait d’ailleurs son refus de voir un groupe s’accaparer la formation des adultes » a rappelé Emmanuel de Lescure, maître de conférence à la Sorbonne. Mais si le statut des formateurs a connu une évolution dans les années 1980 – conséquence, notamment, du chômage de masse et du transfert d’une partie de la formation vers les demandeurs d’emploi, mais aussi d’une évolution technique et sociale qui a vu les salariés devoir monter en compétences – l’universitaire n’en constate pas moins un double-mouvement qui « voit en parallèle leur niveau de formation s’élever, mais leur situation salariale se dégrader ». Sans compter que ces professionnels évoluent dans un système créé par la loi de 1971 dont le modèle social est désormais anachronique, conséquence de la désindustrialisation, mais aussi de la chute des effectifs syndicaux. « Malgré cela, ANI après ANI, on persiste à rafistoler ce système » a déploré Denis Cristol, directeur de l’ingénierie et des dispositifs du CNFPT [2], une institution qui désormais, tend à entrer dans une logique de co-construction des formations avec les collectivités territoriales afin de créer des parcours au plus près des besoins locaux.

Le CPF contre « les boulets » ?

« De fait, la loi de 1971 a sous-estimé la capacité de la société à s’emparer d’espaces de formation hors-institutionnels » estimait Paul Santelmann, responsable de la veille « emploi et qualification » à l’Afpa. Un constat qu’il tire de l’activité des organismes de formation dont 35 000 (sur 55 000 environ) ne font pas de la formation leur activité principale et où « 90 % des formateurs pour adultes n’exercent qu’occasionnellement ». Michel Blachère, membre du bureau de l’Afref n’a, pour sa part, pas hésité à évoquer ces « trois boulets » que tire encore la formation continue. « La stagification – et le financement action-par-action ; la multiplication des dispositifs – VAE, bilans de compétences, Dif, qui à la base n’étaient pas conçus comme tels et la nécessité de disposer de certains statuts pour entrer en formation – salarié, jeune, demandeur d’emploi – ont sclérosé l’environnement la formation… Le compte personnel de formation à venir constituera-t-il une solution pour échapper à cette réalité ? »

Une extrême vigilance sur un métier fragile

Et les formateurs dans tout ça ? Évoquer leur professionnalisation « relève d’un choix engagé » observait Julien Veyrier, directeur de Centre Inffo en conclusion des débats. Car face à un cadre juridique et technique en évolution, à une modification des comportements (le public devient prescripteur de sa propre formation), à leur rôle croissant dans la compétitivité des entreprises et le développement des compétences des individus et à des rapports encore à créer avec le monde de la formation initiale, la fragilité de leur métier et de leur environnement exige « une extrême vigilance quant à la pérennité de leur profession » rappelait le directeur de Centre Inffo. Centre Inffo dont la prochaine Université d’hiver sera précisément consacrée au thème de la formation comme facteur de croissance économique. D’une Université, l’autre, le débat est loin d’être clos.

Notes

[1] Des diplômes aux certifications professionnelles – Rennes PUR (2008) ; Former, certifier, insérer. Effets et paradoxes de l’injonction à la professionnalisation des diplômes – Rennes PUR (2012)

[2] Centre national de la fonction publique territoriale.

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